jeudi 27 août 2009

Suit Up!



Aujourd'hui je vais vous parler d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur; d'un sujet qui m'est vital... Je vais vous parler de l'ultime symbole de classe et de virilité; le costume et appliquer cela aux honorables peuplades du Pays du Soleil Levant.

Parce que ici, et surtout dans la "Concrete Jungle" Tokyoïte, bien porter le costume est un art; et surtout un challenge. Le côté challenge étant dû à ces imbéciles de salarymen, exemple type du pingouin moyen pour qui le costume n'est plus qu'une simple tenue de travail; bien entendu associée à un travail aussi morne et chiant que l'est sa vie médiocre.

Tout d'abord il faut savoir que Tokyo est une ville aimable, et que les japonais peuvent avoir du goût tout simplement parce que en cette cité; il est possible d'acheter des vestes croisées et des trois-pièces au tailleur du coin; de même Antoine et moi y avons trouvé un tailleur qui vous proposera un costume sur-mesure pour 150 euros. Le fin du fin étant que le gilet de costume et la cravate fine y sont à la mode, aussi bien pour le Fashion de Shibuya que pour le Businessman de Shinjuku.
De fait avec des bases de départ comme celles-ci, si vous êtes habillés comme un gribouillage de votre petite cousine; c'est que vous n'avez vraiment aucun talent.
Heureusement, en bon connard prétentieux et méprisant étudiant dans une école parisianiste pour riches; j'ai établi une classification de la façon qu'on les japonais de porter le costume; à vous d'en tirer les leçons messieurs.

Du plus consternant au plus élégant:
-Le Gros Pingouin:
C'est pire que le salaryman de base; c'est le fond de l'abysse; on n'est même plus dans la poubelle mais dans le trottoir souillé et suintant d'urine canine qui la soutient.
C'est tellement une faute de goût que la seule façon précise de définir cela est la façon bête et méchante. Costume "noir-basique" taillé comme un jogging et déformé par des années d'utilisation stupide; chemise manche courte informe blanc délavé relevée par une cravate dont les couleurs vous piquent les yeux. Les chaussures restant basiques et noires, elles peuvent tendre vers le seul point passable; le problème étant que certains préfèrent porter des sandales avec des chaussettes ou des baskets dont les couleurs et les formes ne sied pas au costume. Le détail ultime étant le marcel ou le tricot visible sous la chemise.
-Le Pingouin:
C'est le point zéro, le départ, le salaryman de base. C'est évidemment peu élégant, mais ça peut ne pas être moche, surtout quand certains font des efforts. Bien entendu on reste dans la base et dans l'outil de travail; c'est cadres moyens pas des grands pontes yakuza. Tout simplement, costume noir avec rarement des motifs ou des reflets; chemise blanche ou bleue avec parfois des manches longues, une cravate de meilleure goût. Les chaussures sont tout aussi moyennes que le reste, mais ont au moins le mérite d'être des chaussures de ville qui collent à l'ensemble.
-Le Moins-Pingouin:
C'est encore un salaryman, sauf qu'il est soit un peu plus haut dans la hiérarchie soit un peu plus jeune. Ce qui est sûr, et qui surtout nous intéresse; c'est que sa mise le préoccupe plus.
Le costume sera plus cintré avec une coupe plus moderne, se permettra le bleu marine et les rayures tennis et pour une fois bénéficiera d'une chemise d'une autre couleur que le bleu ou le blanc. Le Moins-Pingouin portera le plus souvent une cravate un tant soit peu assortie, ou n'en mettra pas lorsqu'il ne voudra vraiment pas faire pingouin. Les chaussures restent noires, on reste dans le style salaryman mais mieux. Le pingouin de base qui se vêtirait tel un moins-pingouin se nomme péjorativement un "Grand Pingouin" dans le but de souligner le ridicule de sa tentative louable, mais bien sûre ratée.
-Le Patron
Du représentant de l'étage supérieur au DRH de chez Sony; cette classe regroupe tout ceux qui travaillent et vivent au milieu de salarymen, mais ne sont plus des salarymen. Ca reste des cadres, donc costard obligatoire, mais ils savent observer un certain nombre de règles de façon à se différencier de leurs subordonnés. Tout d'abord le costume est cette fois-ci bien mieux taillé; soit cintré soit classe, quoiqu'il arrive il tombe comme il faut. Ensuite il perdra quoiqu'il arrive une des caractéristiques du salaryman. Ainsi le costume du fromage de tête se voudra croisé ou trois-pièces; ou bien gris de façon à rester classe tout en évitant les couleurs du bas peuple. Pour finir, le Cadre Sup se permet de virer la cravate et de la remplacer par une chemise à motif ou à surpiqûres qui se suffit à elle-même. Et lorsque l'échelon supérieur s'habille basique, il le fait bien avec des vêtements vraiment élégants et des couleurs coordonnées. On notera enfin l'apparition d'une pochette et d'une épingle à cravate voire de boutons de manchettes.
-Le Yak
Alors là, on se tait, on admire et on respecte. Là c'est les Hommes, les vrais, les Tatoués. Là, on fait vraiment rimer extravagance et élégance. Alors messieurs, rajoutez 12 mètres de bagnole en plus avec vitre tintées et blindage, sortez la American Express et préparez vous à jouer vos doigts dans la cour des grands.
Qu'ils soient ritals, russkofs, noiches ou japs la règle d'or des mafiosi quand il est question de fringues est simple: "J'ai les moyens, j'ai la classe. Regarde ce que je porte populace et dis-toi que même si t'avais la thune, tu pourrais pas porter ça bien." Et les Yakuzas ont porté cette maxime à son paroxysme. Le Mafieux a le pognon, le pouvoir et la classe; alors il le montre; et c'est pour ça qu'un mafioso sera toujours sapé de façon plus voyante que le simple mortel, mais aussi 200 fois plus classe. Et bien sûr, l'extravagance naturelle des Japonais donne un sens nouveau à cette tradition.
Alors on range le noir, c'est pas voyant et c'est basique, le costume noir de base c'est pour le garde du corps; le plus basique que l'on se permettra sera du gris; et encore pas du gris simple; du Prince-De-Galles parce qu'on le vaut bien. Mais même, on va dans l'extravagance, dans le voyant; de toutes façons qu'est-ce qu'on en à battre? Du rouge à rayures tennis, à l'Aoki du coin c'est une abomination, en Chanel avec une chemise noire à col-haut Karl Lagerfeld, là ça à plus de gueule! Z'avez le pognon, montrez-le! Le respect par la peur et l'admiration, c'est ça les vrais Yaks.
Le gilet pour un trois pièces ou une veste croisée reste évidemment un choix de premier ordre, car cela donne de l'élégance et du statut à votre costume que vous avez voulu voyant. Bien entendu pour ce qui est de la coupe, transcendez le concept plébéien de coupe en optant pour sur-mesure. Quand aux couleurs du reste, c'est la coordination et l'homogénéité; n'oubliez pas: Vous défiez le citoyen lambda en portant ce qu'il hors de ses standards (et de son porte-feuille) et c'est donc par une association de couleurs magistrale que vous remporterez ce défi. Le trois-pièces et la veste croisée sont bien entendu des alliés de poids, puisque la teinte du costume y couvrira plus le torse, ce qui aide pour l'unification. Tant qu'à parler veste croisée, n'oubliez pas que la vie commence à 4 boutons, pas moins; en revanche plus à savoir 6 c'est encore mieux. Pour finir sur les couleurs, l'association se voudra donc homogène, mais n'oubliez pas d'obtenir une réussite totale en faisant ressortir chaque partie du costume. Le meilleur moyen étant bien entendu d'avoir des coordonnés selon le système "Telle chemise uniquement avec telle cravate et seulement pour ce costume." N'oubliez pas que l'argent n'est plus un problème.
Les chaussures et la ceinture seront bien entendu à l'avenant et s'accorderont bien au reste; en revanche bannissez les chaussures rondes de Mr Tout-le-monde, du pointu par exemple.
Enfin, vous affirmerez votre statut social par les bijoux, épingles; pochette, bagues, foulard. Avec Antoine on en a même vu un qui avait cerclé sa cravate d'une bague en platine ornée de diamants avec des bijoux qui pendaient à sa poche.

Histoire que cet article gagne en profondeur, je finirais en vous disant que, comme cela à dû vous traverser l'esprit; c'est bien évidemment dans une cité comme Tokyo, véritable Babylone moderne basée sur l'apparence, le consumérisme et le clinquant; que le costume symbolise le statut social et financier. Le brave petit cadre moyen n'ayant bien entendu pas accès aux mêmes standards que le Keizai Yakuza de Shinjuku ou de Shinagawa. De même, ils n'ont pas les mêmes espérances, ni la même opinion d'eux mêmes, et de fait ils ne portent pas la même chose. Ici plus qu'ailleurs, vous êtes ce que vous portez. Pour le meilleur et pour le pire...

2 commentaires:

  1. Salut Antoine, j'espère que tu vas bien, que ton séjour au pays du Soleil levant se déroule à merveille !
    Un petit commentaire pour te dire que ton blog est intéressant, on parvient bien à reconnaître ton style d'écriture (qui te va si bien) ! Donc surtout continue le blog.
    Avec une ptite préférence pour l'article où je poste ce commentaire : quoi de plus (in)intéressant que l'étude sociologique des personnes en fonction de leur look, et pourtant tellement révélateur !
    Je te souhaite de bien profiter de tous les plaisirs japonnais ! Il n'est que 14h10 ici, donc de ton côté, avec 9h de plus, 21h10, la soirée ne fait donc que commencer pour toi !
    A+
    Guillaume C !
    Ps : mention spéciale pour toi qui sait désormais différencier des vrais et fausses Louboutin ! Antoine, tu me surprendras tjs ! lol
    =D

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  2. la question que je me pose: où tu mets les petits étudiants qui n'ont pas les moyens de leurs goûts vestimentaires? =p les "non-pingouins"?

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