jeudi 13 août 2009

Ballade Nocturne

Désolé Mathilde, mais aujourd'hui j'ai un sujet qui me tient bien plus à coeur que l'honorable bureaucratie japonaise expliquée à ces connards de Gaijins.


Non aujourd'hui je veux vous parler d'une de mes plus belles expériences Tokyoïtes: lorsque je me suis perdu seul dans la nuit d'hier.


Pour faire simple, on est parti en soirée avec un autre client de l'hôtel et on s'est perdus; puis l'autre client avait envie de continuer la soirée, tandis que moi; n'ayant ni papiers d'identités sur moi; vous pouvez rangez vos sourires de hyènes, ils sont planqués dans mon coffre; ni l'envie, j'ai décidé de rentrer seul.


Alone in the Dark, ouais; pour ceux, mais surtout celles je pense; qui connaissent Tokyo, je devais faire Shibuya-Asakusa à pinces. DEVAIS, parce que au lieu de rentrer par la façon normale, j’ai raté toutes les sorties; manqué tous les virages et mal compris toutes les indications que d’aimables japonais ont voulu me donner.


Et de fait, de conneries en incompréhensions, je me suis retrouvé au jardin de Yoyogi; seul et perdu; mon esprit était dans un cirage de désorientation aussi noir que le ciel nocturne Tokyoïte.


Je ne savais pas où j’allais, ou du moins je croyais le savoir, et à chaque fois que j’atterrissais au mauvais endroit, j’étais dans l’incompréhension la plus totale. J’allais de Combini en Postes de Police errant entre la route principale et le parc de Yoyogi.

Sous le noir d’encre, le parc ressemblait vraiment à une forêt mal famée, et pourtant je n’étais pas sur mes gardes; Tokyo est une ville sûre, et chaque seconde de cette escapade en fut une confirmation. Mais j’étais en sueur, ma chemise devait peser 3 tonnes; mes yeux me brulaient à force de pleurer de la transpiration et chacun de mes mouvements n’étaient produits que par une force psychologique.


Et vous savez pourquoi? Parce que quand même bien même ce fut une connerie monumentale; quand bien même je puisse m’estimer heureux d’avoir préservé mon passeport et mon intégrité anale; et ben c’était trop bien.


C’était trop bien, me perdre dans Tokyo la nuit fut une expérience enivrante, je voyais des gens normaux et d’autres moins; je me faisais aider par des clerks de combini dont la politesse et la volonté de m’aider faisait plaisir à voir; même si c’était juste parce qu’ils avaient enfin quelque chose à foutre.

Je souffrais le martyr, je n’étais plus qu’une immonde masse gélatineuse et coulante; mon cerveau était réduit à sa plus simple expression; mais mon esprit grisé suffisait à lui seul à faire tenir mon corps. Chaque désillusion me contraignait à un demi-tour; ou a emprunter le bon chemin; et tandis que la ville faisait sa mue devant moi; elle me tendait des pièges, m’empoisonnait par son climat et jouait avec mon esprit faible et dérouté. Mais dans ce long combat d’usure contre la ville, je n’ai pas capitulé; j’étais trop heureux de vivre ce que j’ai vécu.

Je voyais cette grande mégalopole, symbole d’un consumérisme et d’un capitalisme exacerbé; je voyais cette vieille geisha dopée à l’adrénaline trop attiffée et trop maquillée se muer. Je la voyais plus que nue, je la voyais dans sa chair.

J’ai vu des jeunes habillés selon la dernière mode made in Shibuya dormir dans un parc, à côté de ces vieux laissés pour compte rejetés parce que trop vieux pour une économie d’apparence qui vit à 400 à l’heure. Et l’odeur de crasse et d’alcool m’a bien fait comprendre que ces jeunes n’étaient pas là à cause d’une cuite plus forte que prévue.

J’ai vu le mépris dans les yeux du citoyen lambda face à mon apparence perdue.

Et parce que j’étais heureux de découvrir cela lors d’une balade improvisée et impromptue, j’étais heureux, et j’ai tenu.

Et parce que j’ai tenu; la ville m’a pardonné et j’ai finalement eu le droit de retrouver mon chemin; et au sens littéral; parce que je me suis retrouvé pile à mon point de départ. J’ai eu le droit de retrouver mon hôtel, et de gouter la victoire sur ma connerie. Tout en restant totalement grisé par cette belle expérience. Et finalement, j’ai eu le droit de survivre et de revivre; plus heureux que je ne l’ai jamais été.


Et pour finir une pensée pour quelqu’un.

Lorsque la Bretagne sera civilisée et qu’elle aura l’accès internet à loisir; Laura pensera à notre ballade du même genre à Dijon; et comme toujours je lui dirais que c’est mon plus beau souvenir avec elle. Alors Laura si tu lis ce torchon, dis-toi que c’était aussi génial; j’aurais juste voulu que tu sois là.

1 commentaire:

  1. Uuu~ Quelle ambiance! Ca donne envie de vivre des nuits corrosives comme celle-ci X) Pas trop de quoi se perdre du côté de chez nous mais les nuits ont aussi leur magie; on sent la présence des kamis dans des endroits peuplés de lanternes. Quant à notre quartier le jour, il semble fossilisé dans un autre espace temps. Où loges-tu actuellement? J'espère que nous aurons bientôt l'honneur de t'accueillir ici!

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